L'américain

Un jour, après avoir fait entre nous trois un ample dîner libertin pendant lequel on avait chanté, on m'avait plaisantée sur la difformité de mon…, on avait dit et fait toutes les folies imaginables. Nous nous culbutâmes sur un grand lit. Là, nos appas sont étalés, les miens sont trouvés admirables pour la perspective.

 

 L'amant se met en train, il campe Minette sur le bord du lit, la trousse, l'enfile et la prie de chanter. La docile Minette, après un petit prélude, entonne un air de mouvement à trois temps coupés. L'amant part, pousse et repousse toujours en mesure, ses lèvres semblent battre les cadences, tandis que ses coups de fesses marquent les temps. Je regarde, j'écoute en riant aux larmes, couchée sur le même lit.

 

Tout allait bien jusque-là, lorsque la voluptueuse Minette, venant à prendre plaisir au cas, chante faux, détonne, perd la mesure. Un bémol est substitué à un bécarre.

 

 

Ah ! chienne ! s'écrie sur-le-champ notre zélateur de la bonne musique, tu as déchiré mon oreille, ce faux ton a pénétré jusqu'à la cheville ouvrière, elle se détraque. Tiens, dit-il en se retirant, regarde l'effet de ton maudit bémol.

Hélas ! le pauvre diable était devenu mol, le meuble qui battait la mesure n'était plus qu'un chiffon.

Mon amie, désespérée, fit des efforts incroyables pour ranimer son acteur, mais les plus tendres baisers, les attouchements les plus lascifs furent employés en vain. Ils ne purent rendre l'élasticité à la partie languissante.

Ah ! mon cher ami ! s'écria-t-elle, ne m'abandonne pas ! C'est mon amour pour toi, c'est le plaisir qui a dérangé mon organe. Me quitteras-tu dans cet heureux moment ? Manon ! ma chère Manon ! secours-moi, montre-lui ta petite moniche, elle lui rendra la vie, elle me la rendra à moi-même, car je meurs s'il ne finit ! Place-la, mon cher Bibi, dit-elle à son amant, dans l'attitude voluptueuse où tu mets quelquefois la comtesse ma sœur. L'amitié de Manon pour moi répond de sa complaisance.

Pendant toute cette singulière scène, je n'avais cessé de rire jusqu'à perdre la respiration. En effet, a-t-on jamais vu faire pareille besogne en chantant, et battre la mesure avec un pareil outil ? Et jamais a-t-on pu imaginer qu'un bémol au lieu d'un bécarre dût faire rater et rentrer aussi subitement un homme en lui-même ?

 

Attitude originale où l'amant d'une troisième sœur de la baronne place la Bois-Laurier pour restaurer sa vigueur éteinte

 

Je concevais bien que la sœur de la baronne se prêtait à tout ce qui pouvait plaire à son amant, moins par volupté que pour le retenir dans ses liens par des complaisances qu'elle lui faisait payer chèrement. Mais j'ignorais encore quel avait été le rôle de la comtesse que l'on me priait de doubler. Je fus bientôt éclaircie. Voici quel il fut :

Les deux amants me couchent sur le ventre, sous lequel ils mettent trois ou quatre coussins qui tiennent mes fesses élevées. Puis ils me troussent jusqu'au-dessus des hanches, la tête appuyée sur le chevet du lit. Minette s'étend sur le dos, place sa tête entre mes cuisses, ma toison jointe à son front, auquel elle sert comme de toupet. Bibi lève les jupes et la chemise de Minette, se couche sur elle et se soutient sur les bras.

 

Remarque, ma chère Thérèse, que, dans cette attitude, Monsieur Bibi avait pour perspective, à quatre doigts de son nez, le visage de son amante, ma toison, mes fesses et le reste.

 

Pour cette fois, il se passa de musique : il baisait indistinctement tout ce qui se présentait devant lui, visage, cul, bouche, et, nulle préférence marquée, tout lui était égal. Son dard, guidé par la main de Minette, reprit bientôt son élasticité et rentra dans son premier gîte.

 

Ce fut alors que les gonds coups se donnèrent : l'amant poussait, Minette jurait, mordait, remuait la charnière avec une agilité sans égale. Pour moi, je continuais de rire aux larmes en regardant de tous mes yeux la besogne qui se faisait derrière moi. Enfin, après un assez long travail, les deux amants se pâmèrent et nagèrent dans une mer de délices.

 

Thérèse Philosophe.(1748)

Roman libertin anonyme attribué sous réserves au marquis Boyer d'Argens.

 



Article ajouté le 2008-03-24 , consulté 23 fois

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