Lettre à mon futur amour
« Je veux encore me rouler des hanches
Je veux me saouler de printemps
Je veux me payer des nuits blanches
A cœur qui bat à cœur battant
Et jusqu'à ce que sonne l'heure blême
Jusqu'à mon souffle dernier
Je veux encore dire je t'aime
Et je veux mourir d'aimer… »
Ces quelques notes de Barbara, dans sa chanson « La solitude », ont traversé sans raison apparente ma mémoire distraite, alors que je songeais vaguement à me mettre au travail.
J'ai la chance d'être travailleur indépendant, c'est agréable de n'avoir de comptes à rendre qu'à ses clients et de ne pas subir les foudres injustifiées d'un patron médiocre ou injuste, c'est parfois difficile de gérer correctement son temps et de ne pas se disperser.
Il y a des jours comme aujourd'hui où il faudrait que je travaille et je n'arrive pas à m'y mettre.
Je ne cesse de penser à cette merveilleuse et assez surprenante circonstance qui a fait que nous avons échangé, nous sommes si bien compris, et avons tous les deux reconnu que nous nous étions peut être toujours cherchés sans vraiment le savoir.
D'abord une invitation, et tu t'es dit, « tiens, que se passe-t-il, que me veut on ? », ensuite une découverte, un amateur de mots et d'images, une âme sensible, dirait on, enfin le plaisir de sentir que quelqu'un cherche à te connaître et à te comprendre, s'intéresse à toi qui te caches derrière ta jolie page.
Comment de telles rencontres sont elles possibles, j'avoue que je n'y comprends rien, bien sur ta photo m'a incité à t'inviter sur mon blog, moi l'amateur des mots et des images, mais il n'y avait pas d'autre raison que de rechercher l'échange, la discussion et la complicité.
Je me souviens de cette nuit passée à converser, de tes confidences, de tes doutes, de cette recherche de complicité et de tendresse, du bonheur qu'il y avait à tout se dire, nous deux, loin du monde, loin de tout, dans notre petite bulle virtuelle…
Je songe à cette manière si particulière que tu avais de me dire des choses qui me troublent, des mots doux qui n'avaient rien de dragueur, à être gentille et attentionnée, compréhensive et tendre, à l'écoute de l'inconnu et non refermée sur tes propres inquiétudes.
Bien sûr il m'a fallu un peu d'adresse et d'audace, pour ouvrir des portes à distance, mais je crois posséder un peu de charme écrit, et j'essaie en général de me servir des mots pour mettre en scène les sentiments et non pour manipuler les gens.
Cette sincérité du cœur qui me force à écrire pour exprimer tout ce que je ne sais pas dire, j'ai l'impression que tu l'as d'emblée ressentie et qu'elle est allée se nicher au plus profond de toi, qu'elle s'y est installée comme chez elle, bien au chaud, tranquille, à l'abri de la méchanceté du monde, loin de la bêtise et de la jalousie des humains qui croient posséder ce qu'ils prétendent aimer.
C'est elle qui t'a conseillé de ne rien exiger, c'est elle qui t'a fait rendre les armes, c'est elle qui t'a reproché de tout détruire, c'est elle qui t'a ouvert les yeux sur cet inconnu qui croise ton chemin, te fait un petit signe de la main et t'invite à lire ses textes.
Et lorsqu'il t'invite à partager autre chose que des mots, bien sûr qu'il te surprend, bien sûr qu'il te choque un peu, mais tu te dis que peut être au plus profond de toi même tu l'attendais et d'ailleurs, certains jours de pluie, morose et silencieuse derrière ta fenêtre, tu te disais qu'il était trop tard et qu'il ne viendrait plus.
Sagement installée dans une vie confortable et lisse, mais toujours riche de tes rêves, tu imaginais parfois rencontrer un baladin plaisant, un jongleur de mots tendres, un raconteur des îles lointaines, un homme qui ferait vibrer ton cœur et réveillerait tes sens, en somme, tout ce qui n'existe que dans les rêves les plus secrets des femmes et qu'elles ne s'accordent généralement pas à reconnaître et encore moins à avouer.
Ah ! si tu savais comme je perçois toutes ces choses que l'on ne dit pas et que je lis dans les silences dès lors que j'écoute leurs petites paroles ténues, si tu savais comme je devine dans un regard ce qui se passe dans la tête de l'autre, comment une simple photographie d'un visage me parle et combien j'aime à exprimer ce que les gens ne veulent pas dire.
Quand il te demande de te parler au téléphone, et menace même de t'appeler si tu ne le fais pas, rassure toi, jamais il ne l'aurait fait à l'improviste, tu te sens conduite par la main vers une destination que tu espères et que tu redoutes en même temps, c'est étrange cette attirance mêlée de crainte, tu ne trouves pas, il vient de te forcer, il y a une heure, à écrire les mots qui sont pour toi les plus sacrés, ceux avec lesquels on ne joue pas, et tu t'es bien battue, tu as résisté, tu as exigé d'abord des explications, et lui, sans se départir de son calme, n'a rien expliqué du tout, t'a juste reproché de tout saccager, et alors tu as senti un nœud doucement se délier dans ta poitrine, ta volonté t'a abandonnée, les résistances que tu avais érigées pour te protéger sont tombées, en composant son numéro tu as su, que quelque part, c'était bien lui qui conduisait, et pour une fois, tu t'es laissée conduire.
Relis bien cette longue phrase et dis moi si je me trompe.
Alors puisque le destin a tissé habilement ces liens imperceptibles, puisque l'immense toile du net a permis cette incroyable circonstance, puisque nos âmes se sont incontestablement reconnues, même si nous ne nous sommes encore jamais rencontrés, puisque tu as déposé les armes et ouvert ton cœur pour lui donner refuge, à ton jongleur de mots, ton trouvère aux histoires ensoleillées et aux souvenirs amers, accueille le dans ton grand cœur et console le, il est plus malheureux qu'il n'y paraît.
Mais ne sois pas inquiète, il te fera rire aux éclats, il te donnera des moments de pur bonheur car rien ne compte plus pour lui que l'amour dans les yeux d'une femme, que les moments de tendresse silencieuse, que la tiédeur des draps défaits, que les petites douceurs que la vie nous offre quand nous savons les prendre.
Tu t'avances fièrement, malgré les doutes qui t'assaillent, ver un avenir qui se rapproche plus vite que prévu.
Prends ton temps, ne le laisse pas te brusquer, le jour où tu viendras il faudra que tu sois prête.
Et ne t'inquiète pas pour lui, il protestera, gesticulera, mais il attendra parce qu'il tient à ne pas manquer ce magnifique rendez-vous que le destin vous a offerts à tous les deux.
Et je t'adresse toutes mes félicitations pour avoir renoncé à toutes tes exigences préalables et avoir su simplement, spontanément, qu'il ne fallait pas refermer ta porte avant d'avoir percé le mystère de l'amour.

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