L'heure du laitier.
L'heure du laitier.
Nous nous sommes abreuvés aux sources mêmes de l'éternel amoureux, buvant à pleine bouche ces sensations nouvelles que nous avions si longtemps attendues.
Le rire des passants, les exclamations des touristes, les bribes de conversation montaient de la rue, par la fenêtre ouverte, et la nuit tombait sur nos folles étreintes.
Je ne sais combien de fois j'ai senti revenir en moi cette ardeur renaissante, je n'ose même pas dire ce qui s'est produit, il n'y avait que quelques heures que j'avais osé lui offrir ce qu'il désirait tant, après de si nombreux messages de tendresse échangés, j'avais sauté le mince ruisseau de mes fragiles convictions, je l'avais enfin rejoint.
A Montmartre nous avons flâné tranquillement parmi les peintres et les touristes, avant de nous asseoir au pied du Sacré Cœur, sur ces fameuses marches connues du monde entier, et nous avons contemplé l'immensité qui s'étalait sous nos yeux.
Il faisait doux, comme seul le mois de mai sait l'être à Paris.
Lui aussi était doux au toucher mais également résolu, tendre et passionné.
Je n'ai jamais compris cette folie qui consiste à rencontrer un homme sur le net, ne croyant pas un instant, au fond de moi, à ces extases fugaces.
Il a fallu cet incroyable concours de circonstances pour que j'accepte d'abord les conversations téléphoniques puis ce premier rendez-vous.
Il est entré dans mon cœur comme si je l'attendais depuis toujours, avec la certitude d'y être chez lui, d'ailleurs, n'avais-je pas préparé sa venue, depuis plusieurs mois ?
Je sais au fond de moi que je me suis rendue plus disponible, attentive aux signaux extérieurs, réceptive afin de comprendre et de saisir le moment fatidique.
Lui, il est arrivé, avec son invitation polie, et sitôt que nous avons commencé d'échanger, les choses n'ont cessé de prendre de l'ampleur, de la force et de la vitesse.
Et maintenant il est allongé contre moi, nos respirations s'apaisent progressivement même sil ne cesse de me caresser de sa main douce et chaude.
La pénombre est confortable, nous échangeons à voix basse sans autre raison que sa bouche si près de mon oreille, cette plénitude qui m'envahit lentement je crois bien ne l'avoir jamais encore ressentie.
Notre conversation décousue par les baisers me berce et m'apaise en même temps.
Plus tard, après d'autres étreintes je me suis endormie dans ses bras sans m'en rendre compte, fatiguée, rassasiée, satisfaite et détendue.
Le jour n'est pas encore levé, le ciel commence seulement à s'éclaircir, puisqu'il me désire encore pourquoi le lui refuser ?
Nous nous fondons dans un même rythme, je l'accueille en moi avec bonheur, je le serre dans mes bras comme si j'avais peur de le perdre.
Il m'arrache quelques petits gémissements que je réprime à grand peine, en écrivant ces lignes j'en suis encore toute troublée, il me fait vibrer comme une corde, je m'enhardis à le chevaucher, je l'aime….
J'ose même lui rendre un hommage plus intime encore qui le comble et je me surprends de ma propre hardiesse.
Les premiers bruits montent de la rue avec le camion des éboueurs et les premiers parisiens matinaux qui partent travailler.
C'est alors qu'il me cite une phrase d'Yves Berger, écrite dans « Le Sud » :
« Je l'ai reprise à l'heure du laitier ».
Cette heure insolite à laquelle en général nul n'assiste, parce que perdu dans les limbes d'un sommeil profond, cette heure que seuls connaissent les noctambules et les insomniaques, cette heure étrange ou l'aube s'apprête à percer, cette heure n'aura plus jamais pour moi d'autre goût que celui du plaisir et de la complicité amoureuse.
Nous nous sommes endormis enlacés, et avons sommeillé comme des enfants jusqu' au milieu de la matinée.

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