Peintres polynésiens

  

                      Les peintres polynésiens.

 

  

Gauguin a ouvert la voie à un style de peinture particulier qui est la représentation de la société polynésienne au travers de ses descriptions des femmes des îles.

Tout le monde a en mémoire ses nus alanguis, ses femmes nonchalantes à la peau de cuivre, ses décors imaginaires, ses titres sibyllins.

Ce qui étonne et surprend, chez Gauguin, c'est la justesse de ses représentations essentiellement fondées sur des ambiances et non sur la qualité du graphisme ou sur sa fidélité à la réalité.

La production de Gauguin à Tahiti puis aux Marquises, à Hiva Oa, en fait, est particulièrement abondante, probablement plus d'une centaine de toiles sont connues, Gauguin a donc bien conscience que le nombre est nécessaire à la célébrité même si le public boude ses créations.

 La postérité lui a donné totalement raison.

 

Pendant son ultime séjour dans le Pacifique Gauguin peint, peint sans relâche et peint encore, vite, bien, comme Van Gogh, d'ailleurs, avec cette rage désespérée des hommes qui savent qu'ils ont quelque chose à dire et que la vie est courte pour les artistes maudits.

Le plus souvent, il réalise une toile par jour, tandis que sa jambe le fait de plus en plus souffrir, elle sent mauvais, il jette rageusement dans son puits les flacons de peinture qui ne lui conviennent pas.

 

 

  

Gauguin

 

Les actuels peintres de la Polynésie, qu'ils soient autochtones ou européens, sans pouvoir ni souhaiter refaire ce que Gauguin a si bien réussi, se sont attachés à forger leur propre style, à se créer une identité, soit au moyen de la couleur soit grâce à leur graphisme.

Le premier à qui il convient de rendre hommage, car c'est l'aîné mais surtout parce que l'artiste a un réel talent, est sans conteste Jacques Boullaire, dont les dessins au fusain et les aquarelles sont particulièrement fidèles à la réalité observée.

Boullaire est arrivé à Tahiti dans les années trente et a donc eu la chance de découvrir une Polynésie quasi-intacte car antérieure à l'engouement de masse engendré par le tourisme contemporain.

 

 

Après Gauguin, Boullaire est le plus grand, le plus juste, le plus vrai. Il mérite un hommage à part entière auquel je me livrerai lorsque j'aurai le temps de m'y consacrer, car c'est un véritable artiste, sensible, délicat et précis.

  

Jacques Boullaire.

 

 

 Boullaire

 

 Il est évident, en regardant ses dessins et ses aquarelles, que Boullaire connaît bien la société polynésienne : les femmes qu'il dessine ont bien la nonchalance saisie par Gauguin, elles ne sourient que rarement, leurs poses sont hiératiques, leur regard est souvent perdu dans une sorte de rêve intérieur.

La production de Boullaire est abondante et ses œuvres sont bien cotées, ne les mettant hélas pas à la portée de tous les budgets.

Boullaire sait saisir les détails vrais, les robes chamarrées et les ciels nuageux du Pacifique.

Il possède un talent unique pour rendre des ambiances authentiques, des moments véritables, des instants de pure féerie.

Son œuvre est unique, il est un peu regrettable d'ailleurs qu'elle ne soit connue que des inconditionnels de la Polynésie.

 

 

 

Boullaire

 

C'est probablement dans ses dessins au fusain que l'artiste dégage la plus grande émotion, la meilleure sensibilité à l'égard de cet univers intimiste et délicat qu'il dépeint avec autant de talent.

 

 

Boullaire est un être sensible, ses portraits le montrent à l'évidence, il sait mieux que personne montrer l'âme boudeuse des polynésiennes, ces femmes à la fois fortes et fragiles, adultes et pourtant si infantiles, cette curieuse lassitude qui ne débouche jamais sur un total désespoir mais se contente de lanciner doucement comme une dent cariée, comme la fin d'une migraine qui ne sourd plus dans le crâne que par intermittence, comme le doux souvenir d'un amour perdu.

 

 

Je me souviens, à Mooréa, de cette jeune tahitienne totalement nue sous son paréo mouillé, venue laver son poisson cru dans l'eau du lagon, à la nuit tombante, tandis que les chiens tentaient d'attraper des poissons.

Elle était un peu forte, mais particulièrement belle, et je ressentis pour elle un fort désir d'autant qu'elle me jetait de petits regards coquins tout en rinçant ses poissons dans l'eau claire.

Je suis, à peu de choses près, convaincu que si j'avais été seul, je l'aurais séduite, car visiblement, elle n'attendait que cela.

 

 Boullaire.

 

Saquet.

 

Un autre artiste intéressant est Saquet.

Intéressant, pourquoi ?

D'abord par la diversité de ses toiles et par une vision juste de la Polynésie, car exempte des clichés de vahinés, de lagon et de plages de sable fin.

Intéressant ensuite parce que Saquet associe des motifs décoratifs à ses toiles et renoue ainsi avec une tradition forte de la culture polynésienne.

Intéressant, enfin, parce que le peintre renouvelle intelligemment l'art de l'aquarelle en croquant des scènes pleines de vie, avec des modèles souvent saisis de trois quarts, vêtus de textiles traditionnels et bien campés dans leurs poses méditatives.

 

 

 

Ses compositions s'inspirent de l'art maori traditionnel sans aucune mièvrerie mais avec la naïveté et l'authenticité décorative des arts premiers.

 

 

Un véritable artiste.

 

 

 une vision de Bora Bora empreinte de réalisme.

 

 

 Bora, Saquet

 

Saquet

J'avoue sans aucun complexe que j'ai un faible pour le talent de l'artiste, qui me touche et sait m'émouvoir.

 

Saquet.

Deloffre.

 

Deloffre peint bien mais sa principale source d'inspiration, récurrente à l'infini, est le dos de polynésienne drapé dans un paréo dont seule la couleur varie.

Le sujet peut lasser.

J'ai été séduit par ses toiles, puis j'avoue que je me suis interrogé ensuite sur cette source d'inspiration quasi exclusive, avant de considérer que le peintre méritait quand même la considération car il avait sur créer quelque chose d'éminemment personnel.

J'avoue que son travail m'inspire un mélange de séduction et de lassitude étrange, j'aurais aimé qu'il diversifie ses thèmes et montre autre chose que ces dos omniprésents dont la perfection ne peut laisser indifférent.

 

 

 Deloffre

 

 

Le tableau qui suit est certainement celui que je préfère, sans que je ne sois capable d'objectiver en quoi il se différencie du reste de son œuvre.

Il est probable que cette inclination résulte du mystère émanant de la toile, de la tresse traditionnelle en l'absence de parure florale, de l'association du rouge et de la peau mate.

 

 

Deloffre ne montre généralement pas l'intimité de ses modèles, considérant que leur dos et leurs cheveux suffisent à camper le contexte érotique qu'il veut camper, s'inspirant en cela de la technique de Dominique Ingres qui a su mieux que personne mettre en scène l'érotisme du dos féminin.

 

 

Et force est de reconnaître que ces dos de polynésiennes sont parfaitement séduisants, érotiques, suggestifs, magiques, évocateurs, en l'absence de toute représentation des seins, des fesses, ou des parties génitales de ses modèles.

L'artiste réalise le prodige de susciter le désir sans ostentation, par une simple suggestion qui invite à la caresse, au câlin, au toucher.

Il est donc regrettable que la diversité manque à l'artiste qui n'est nullement dépourvu de talent.

 

 Abby.

 

Abby, qui dispose comme Mélanie d'un site internet, est talentueuse, ses sources d'inspiration sont variées et le ton est très juste.

Ses portraits d'enfants sont particulièrement réussis, elle sait les mettre en scène de manière particulièrement savoureuse.

 

 Abby

 

 

 

Abby

 

Abby

 

Abby

 

Mélanie.

 

 

Que dire de Mélanie si ce n'est que son talent est incontestable et qu'elle sait décrire mieux que personne l'ineffable charme des îles, avec l'omniprésence des gallinacées ?

 

 Mélanie

 

 Mélanie

 

Les œuvres de tous ces artistes sont visibles sur différents sites web et la majeure partie d'entre eux dispose de sa propre page ou de son propre site.

 

 Joannis.

 

Joannis, d'inspiration moins variée, se rapproche de Gotz par ses excellentes descriptions des tatouages traditionnels.

 

joannis

 

Joannis

 

Joannis 

 

La danse traditionnelle constitue une prouesse physique que le sourire contredit habilement : les gestes sont précis, ils requièrent un excellent entraînement physique et ne souffrent aucune approximation.

Les polynésiens sont passés maîtres dans l'art de présenter ces exploits avec le plus grand naturel et de sourire alors même que leur musculature est soumise à rude épreuve.

Joannis  emploie toujours les mêmes couleurs, ce qui le rend un peu monotone, mais sa description des traditions est particulièrement juste, ce qui en fait incontestablement un artiste intéressant. 

 

Gotz.

Pour finir, je mentionnerai Gotz, peintre par excellence du tatouage, et quoi de plus typiquement polynésien que cet art graphique venu du fond des âges et qui a bien failli disparaître sous l'influence des européens ?

Avec l'évangélisation de la Polynésie, les danses jugées trop sensuelles furent interdites, les tatouages étaient proscrits et les colons allèrent même jusqu'à mutiler les statues traditionnelles pour en enlever des parties génitales considérées comme obscènes.

 

 

Gotz est aussi, comme Deloffre, un peu monomaniaque dans son approche, mais son travail est assez  gracieux.

 

 

 

Gotz

 

 

Gotz

 

 

 

Gotz

 

 Conclusion.

 

Voilà, je vous ai fait partager un peu de ma passion pour la Polynésie.

Bien entendu je ne vous ai fait voir qu'une petite partie de l'oeuvre des peintres contemporains mais si cette simple évocation suffit à alimenter votre quête, j'en serai satisfait, car ces artistes méritent reconnaissance.

Bien entendu ils sont trop nombreux pour être tous cités, j'ai choisi ceux qui parlent à mon coeur et à mon âme et pardon à ceux que j'ai évincés.

 

Conscient que cet intérêt particulier que j'éprouve pour les peintres polynésiens s'explique en grande partie par la chance que j'ai eue de visiter les îles Marquises et les îles de la Société, j'ai néanmoins souhaité faire partager mon goût pour leur travail et inciter le passant à aller voir leurs œuvres sur le web.

Je ne cache d'ailleurs pas mon envie profonde de repartir et de visiter les archipels que je ne connais pas encore, tant la culture maorie et cette région du monde me fascinent.

A leur manière, ces peintres participent à la glorification de la femme comme modèle artistique fondamental et mettent en scène la beauté, le mystère et la séduction des îles de l'hémisphère sud.

 

Dernier plaisir avant que de se séparer, un dessin tout simple de Jacques Boullaire pour lequel j'éprouve une tendresse particulière, allez savoir pourquoi…

 

 

 

 

 

J'espère simplement vous avoir convaincu du talent de ces artistes.

 

Jorge.



Article ajouté le 2007-10-29 , consulté 74 fois

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