Henri Miller

Henry Miller.

 

 

 

Fils d'un modeste tailleur de Brooklyn, Henry Miller, né en 1891, passe son enfance dans les rues de ce quartier populaire de la grande pomme qui sera souvent évoqué dans son œuvre.

De 1909 à 1924 il travaille comme chef des coursiers à la Western Union Telegraph, emploi qui l'ennuie prodigieusement mais lui permet d'être en contact avec les catégories humaines et sociales les plus variées qui soient.

Il se marie en 1917 mais ne tarde pas à quitter sa femme.

En 1922 il écrit son premier roman, Clipped Wings, qui ne sera jamais publié.

En 1924 il décide d'abandonner son emploi pour se consacrer à la littérature, encouragé dans cette décision par June (la Mara/Mona de ses romans) qu'il épouse en 1927.

En 1928 le couple s'embarque pour l'Europe.

En 1930 Miller s'installe à Paris, où tout en menant une vie de bohème, il écrit Tropique du Cancer (1934), Printemps noir (1936), Tropique du Capricorne (1939).

Ces romans sont interdits en Amérique dès leur publication car ils sont considérés comme contraires à la morale.

Miller rentre aux Etats-Unis en 1940, en partie à cause de la guerre, mais aussi avec le désir de se réconcilier avec son pays.

Il s'installe en 1944 à Big Sur, sur la côte californienne,  qu'il appelle son « jardin de délices ».

Divorcé et remarié trois fois, Miller, qui a été père de deux enfants, finit par obtenir la reconnaissance de son pays et l'interdiction qui le frappait en Amérique est levée en 1961, en grande partie à cause de l'admiration internationale dont il bénéficie.

Rentré aux Etats-Unis il écrit « La crucifixion en rose », trilogie composée de Sexus (1949), Plexus (1953) et Nexus (1960).

En 1973, Miller publie « Virage à 80 ».

Il meurt à Pacific Palisades (Californie) en 1980.

 

Un mystique sensuel.

 

L'œuvre de Miller, entièrement autobiographique, est inclassable mais elle s'inscrit fortement dans la littérature américaine contemporaine par son ton, son style, sa liberté d'expression, sa faconde.

Miller est avant tout un formidable conteur qui, en racontant simplement la façon dont il vit les choses du quotidien, et surtout, comment il les interprète, entraîne le lecteur dans un univers d'humour, de situations cocasses ou scabreuses, de licence et de déraison.

Ses élans prophétiques et l'intensité de sa démarche artistique, en laquelle il n'a jamais cessé de croire, en font un auteur particulièrement attachant, humain, humoristique et chaleureux.

L'Amérique puritaine, matérialiste et corrompue l'indigne au plus haut point, car Miller, dans la veine de tous les auteurs européens de Villon, Rabelais ou Molière, à Zola, Gautier ou Carco, est un bon vivant, un jouisseur un peu paillard, un innocent assez mauvais garçon, ne résistant jamais à ses inclinations sexuelles ni à ses désirs, mais incapable de la moindre hypocrisie.

Ses accents mystiques et prophétiques sont sincères, comme sa pornographie est intense et provocatrice.

Ses pulsions sexuelles sont mises en scène sans la moindre complaisance, elle font partie intégrante de sa vie et de ses récits.

 

Miller ne fait aucun mystère de sa fréquentation des prostituées, mais sans la perversion d'un Sartre ou d'un Jouhandeau : lorsque Miller donne un billet de cent francs à une prostituée rencontrée du côté de la place Clichy, il explique naïvement comment il essaie de faire durer son argent en pensant à des choses ignobles pendant qu'il la baise, dans l'espoir de retarder l'éjaculation.

Il se figure la mort, mais ce concept es trop abstrait pour ralentir la montée du plaisir alors il tente tout simplement de retarder son orgasme en songeant à l'odeur de la merde.

Las ! le subterfuge ne fonctionne pas non plus et lorsqu'il jouit plus vite qu'il ne l'aurait voulu, il déplore que ses cent balles aient disparu bien vite dans la machine à sous. (slot machine = machine à fente).

Qui n'a jamais connu cette frustration de l'éjaculation précoce avec une professionnelle qui vous a longuement excité par ses préliminaires savants dans le seul but de ne pas se faire limer trop longtemps ?

Moi-même il y a peu je rencontrai une jeune marocaine qui me suça si bien que perdis en deux minutes l'argent que j'aurais en théorie pu faire durer une heure.

La prochaine fois, je boirai un peu d'alcool avant d'y aller.

 

L'instant d'après Miller se lance dans une grande envolée sur le rôle de la littérature dans la société, sur ce que les auteurs classiques ont apporté aux générations futures, sur la communion spirituelle avec les auteurs des siècles qui nous ont précédés, sur cette immense chaîne qui relie les auteurs aux lecteurs, sur la philosophie et curieusement sur la passion qu'il éprouve à fréquenter les bibliothèques.

 

En dépit de son essence profondément dilettante et vaine, Miller est cultivé, intelligent et sensé : ses digressions en marge de sa biographie sont intelligentes et distrayantes, ses pages se lisent sans ennui, avec par moments de vrais émois sur les mises en scène qu'il évoque.

 

Il raconte par exemple comment il se retrouve au lit avec sa femme et une amie et comme il les baise à tour de rôle pour ne pas engendrer de jalousie.

Puis il attend que sa femme s'endorme pour prendre lentement l'amie, qui est consentante et ils font l'amour secrètement dans le noir, sans faire de bruit pour ne pas réveiller sa femme.

Miller conclut : «  à la fin je la retournai et je l'enculai. »

 

Un vrai poète, quoi.



Article ajouté le 2007-10-30 , consulté 56 fois

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