La séductrice anonyme.
Les filles, les garçons : pareil, je consomme, sans vergogne.
Elles, je les chasse dans les bars lesbiens, les soirées en tout genre, bigarrées, arc-en-ciel. Si je ne les aime pas farouches, je ne les aime pas non plus extraverties.
C'est elle, assise dans un coin, sirotant une bière, l'air ennuyée-ravie de la citadine accoutumée, que je vais voir. Elle est jolie, charmante, féminine. Elle a refusé quelques hommes.
J'arrive après ces Don Quichottes repoussés. Le moulin à sa garde baissée. J'attaque. Presque comme un homme, mais avec les mots d'une femme. Je la complimente, la fait rire, lui assassine les prunelles des miennes. Si elle est farouche, je lui prends la main, l'attire à moi pour lui chuchoter un secret. Sinon, je lui plaque un baiser-lèvres, auquel elle répond les yeux engourdis.
Après ça va vite. Son air devient incrédule-exploratrice lorsque je l'invite à danser. Si elle refuse, je lui propose d'aller prendre l'air. Si elle refuse encore, je l'abandonne. Et, là, toujours, elles me retiennent. M'accordent leur confiance de poupée délaissé-choyée.
Je flatte de la main ou du mot.
Elles sont excitées.
Je les invite.
Elles acceptent.
Nous arrivons chez moi. Jamais chez elles.
Musique douce, calme, intellectualisante. Un verre, si elles le souhaitent. Je me déshabille, devant elles, impudique. Prenant des poses avant une douche, tourbillon dans mes murs. Araignée jetant sa toile autour d'un papillon étourdi.
Parfois je suis surprise : elle prend l'initiative, d'elle-même me tiraille les seins, gentiment. M'accompagne sous la douche.
A la question idiote de tous les hommes, oui, je suis eux. Je couche avec elles pour explorer la fente, le trou, l'abysse. Pour être le phallus, la bite, la queue.
Je parcours leur peau, de grains de beauté en grains de beauté. Y dessine des constellations de salive. Je me noie dans leur entre jambe, aimerais toutes les appeler Miel. Les pénétrer de mes doigts, de ma langue est un profond plaisir. Je les possède, je les plie, comme j'aime qu'un homme me fasse sentir sienne. Plus douce de femme à femme ? Plus de connaissance de soi, surtout.
Connaissance des muqueuses avant de les parcourir. Connaissance du goût, de l'odeur, indicateurs autorisant tout. Je baise leur visage, mords leurs seins comme j'aimerais qu'un homme le fasse. Mais les miens flattent les leurs. Elles aiment. Elles aiment se voir se faire baiser par un corps identique. Je les rassure avec mes hanches, mes cuisses, mon ventre. Pas de trahison. Nous sommes semblables, et nous couchons. Pour se persuader, elles osent une caresse, elles me touchent le sexe. L'effleurent à peine, avec une expression de ravissement. Elles se convainquent que je suis ce que j'annonce. Ce geste me rend folle. Me donne envie de les manger d'avantage. De les parcourir. Aisselles, salières, je leur fais courber la nuque. Cheveux, fronts, yeux, nez, lèvres, visage que j'embrasse à tout va. Menton, cou. Je les mordille. Seins. Encore. Je les étire, pourlèche leurs contours. Les abandonne aussi vite pour revenir à leur bouche, ou partir en bas. Et reviens.
Caresse les bras. Suce les doigts. Elles sont des poupées qui se pâment. Leur bassin cherche une queue. Mes doigts, ma langue s'en arrangent. Quitte à trouver un compagnon de route, improvisé. Je les visite. Je m'y recueille, bienheureuse de savoir déclencher de tels émois. Elles ruent, se cabrent, piaffent. Je les embrasse encore sur la bouche. Leur dis des mots tendres où toujours elles sont belles. Elles soufflent, crient, gémissent. Se recroquevillent dans mes bras puis s'endorment, épuisées.
Anonyme

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