l'art du bronze.
L'art du bronze.
Les grecs anciens ont fabriqué l'immense majorité de leurs statues en bronze, et ce sont les romains, en copiant ces statues dans du marbre, qui ont pu nous faire connaître la richesse de la statuaire grecque, car les statues en bronze grecques furent pour la plupart fondues au fil du temps.
Les quelques exemplaires qui subsistent à Londres ou au musée d'Athènes donnent bien l'idée de l'ampleur des réalisations qui avaient cours à l'époque.

musée archéologique d'Athènes.
Chez ce jeune athlète (Hercule ?) on observera aisément que selon les canons de la statuaire antique le volume des organes génitaux est sous évalué, afin de ne pas choquer, un petit sexe étant considéré, dans le code de la statuaire antique, comme un indicateur rassurant, apaisant.
Il est évident, en réalité, qu'un homme de cette carrure disposant d'un aussi petit pénis aurait matière à s'en affliger et que les proportions naturelles de l'anatomie ont été modifiées à dessein.
Tous les rois, chefs d'état, dictateurs et hommes célèbres de toutes les époques ont eu leur effigie en bronze.
Louis XIV a fait ériger sa statue équestre dans de nombreuses villes du royaume.

Statue équestre de Louis XIV.
Utilisé au fil des siècles pour différents arts plastiques autres que la statuaire imposante des places et édifices publics, le bronze est aussi travaillé en ameublement et en décoration d'intérieur.

Doré, il rehausse l'austère mobilier napoléonien.
Argenté, il permet de merveilleuses réalisations anthropomorphiques dont le seul point faible est constitué par l'oxydation normale de l'argent de couverture qui doit être régulièrement astiqué.
Patiné, il permet la réalisation de statuettes décoratives qui peuvent être parfois particulièrement recherchées des collectionneurs lorsque les auteurs sont de véritables artistes (Clodion, Moreau, Barbedienne…)
Bien entendu, une mention particulière doit être accordée aux bronzes chryséléphantins (ou ivoirines) qui associent des visages et des mains d'ivoire à des corps en bronze patiné : le meilleur artiste dans ce domaine est incontestablement Demeter Chiparus, artiste originaire de Roumanie.


Ivoirine de Chiparus.
La caractéristique essentielle de Chiparus, qui explique pour une bonne part la faveur toujours très forte des collectionneurs, c'est bien entendu la grâce de ses sujets.
Fortement inspiré par les arts décoratifs, Chiparus glorifie les femmes de la Belle Epoque, émancipées, libres, un peu fantasques.

Volontairement, je ne m'attarderai pas ici sur les considérations techniques relatives à la réalisation des ouvrages (cire perdue, tirages en série, association de différents matériaux….) pour me concentrer essentiellement sur des observations d'ordre artistique et esthétique.
A toutes les époques les demeures bourgeoises s'enorgueillissent de ces objets d'art de dimensions diverses qui se transmettent de génération en génération et trônent au salon ou au dessus des cheminées.
Le bronze est aussi utilisé dans la fabrication de petits objets d'intérieur tels que coupes, vases, vide-poches…
Amateur d'art et collectionneur éclairé, j'ai choisi de mettre en valeur quelques unes des pièces que j'ai la chance d'avoir réunies au fil du temps.
La première pièce que je souhaite présenter est un angelot joufflu (un putti),réalisé à la fin du XIX° siècle.
La facture est excellente, les proportions sont très réussies, de même que l'expression du visage. Cet angelot, en soufflant délicatement sur le visage des enfants leur procure un paisible endormissement.
Il est potelé comme un enfant qui ne marche pas encore mais son visage possède déjà une expression personnelle en décalage avec sa morphologie infantile.

Sa patine est remarquable, légèrement ocre, assez brune, et très régulière.
Visiblement inspiré des toiles de la Renaissance (Michel Ange, Raphaël…), l'angelot se caractérise par une remarquable maîtrise des formes et des volumes.
Les bras et les mains, à la fois potelés et délicats, sont impressionnants de justesse, de grâce et d'élégance.
La deuxième pièce que je souhaite présenter ici est une jeune romaine en bronze argenté.
Ce pourrait être une représentation de Flora la belle romaine citée par François Villon dans sa fameuse ballade des dames du temps jadis, tant la jeune femme, toute à sa toilette, est élégante, séduisante et raffinée.
La pièce mesure environ quarante centimètres de hauteur, socle de porphyre non compris : le drapé de la toge, la finesse du visage et l'élégance de la pose sont remarquables.

Elle n'est pas signée mais émane à l'évidence d'un artiste chevronné.
En effet, c'est essentiellement dans la grâce de l'attitude que se reconnaissent les bronzes de qualité.
L'ensemble doit dégager une impression d'élégance, de justesse et de subtilité de la pose, afin que l'œuvre exprime la grâce, quel que soit l'angle de vue.
Contrairement à la peinture, qui présente le sujet sous un angle qui ne peut être modifié, le bronze s'offre à l'oeil dans toutes les dimensions et peut être regardé de face, de dos, de trois quarts, en plongée ou en contre plongée.
Il importe donc que l'esthétique soit maîtrisée sous tous les angles de vue et que l'artiste maîtrise intégralement tous les volumes.
La troisième pièce constitue un clin d'œil à l'art coquin mais ne saurait être prise à la légère car il s'agit d'une pièce « art nouveau », comprenez fin dix neuvième.
Cette coupe plate d'une vingtaine de centimètres de diamètre pouvait à l'origine servir de vide poche ou de cendrier.

Elle représente deux amies enlacées tête bêche, dans une caresse qui se comprend aisément et qui permet de lutter utilement contre l'oisiveté des après midi d'automne.
Les volumes sont habilement rendus, les corps sont stylisés mais l'aplat n'empêche pas l'artiste de bien rendre les hanches pleines et les fesses larges de ces femmes qui ne sont plus de jeunes filles.
La symétrie des gestes et des poses est assez bien rendue, il y a dans ce soixante neuf de gougnottes quelque chose de sibyllin, comme la représentation d'un œuf cosmique.
La pièce est lourde, non signée, la matière est épaisse, il s'agit très probablement d'un travail allemand.
J'avoue que ce genre de travail me séduit, même si je dois le ranger à l'abri des regards juvéniles ou indiscrets.
J'aime bien le bronze, qui permet un vrai travail sur l'érotisme en toute décence des approches. La matière est noble, puissante, élégante et les véritables artistes ne s'y sont pas trompés.

Commentaires