Boris Vian
J'irai cracher sur vos tombes.
L'érotisme exige une obscénité légèrement sublimée (..) une obscénité poétique.
Boris Vian
Ecrit au mois d'août 1946, à la suite d'un pari, la légende rapporte que Boris Vian l'aurait écrit très rapidement, l'ouvrage est publié sous le pseudonyme de Vernon Sullivan.
Il est interdit en France après qu'un meurtre identique à celui qu'il décrit ait été commis en France, dans une chambre d'hôtel. Le meurtrier avait pris le soin de laisser en évidence, sur la table de nuit, le roman ouvert à la page du meurtre, de manière à montrer où il avait trouvé le mode opératoire.
Récit d'une vengeance, dénonciation du racisme et de l'intolérance, ce best-seller fut jugé à l'époque immoral et pornographique, ce qui provoqua son interdiction en 1949 et la condamnation de son auteur pour outrage aux bonnes mœurs.
L'histoire se passe dans une petite ville américaine dans les années quarante. Les habitants sont de petits bourgeois étriqués, blancs et racistes. Lee est métis, son frère, qui était noir, a été lynché dans cette ville et Lee s'y installe avec le dessein de venger aveuglément son frère.
Il se trouve un boulot de libraire, fréquente la jeunesse locale, boit beaucoup d'alcool et se tape les unes après les autres les filles de bonne famille qui le désirent, jetant en particulier son dévolu sur deux sœurs, deux jolies poupées assez délurées sur lesquelles il cristallise, sans le laisser paraître, toute sa haine des blancs.
Finalement, après avoir gagné leur confiance et largement profité de leurs faveurs sexuelles, il les assassine avec la même sauvagerie et la même bestialité qu'il les baisait : il en étrangle une et bouffe littéralement la chatte de l'autre avant de la tuer.
Rattrapé par les flics, il est tué et lynché pour le principe.
Extrait :
« Elle referma la porte et nous laissa. Je regardai Dexter.
- Déshabillez-vous Lee, il fait très chaud, ici.
Il se tourna vers la rousse.
- Viens m'aider, Jo.
- Je m'appelle Polly, dit l'enfant. Vous allez me donner des dollars ?
- Certainement, dit Dex.
Il tira de sa poche une coupure de dix froissée et la donna à la gosse. »
Il s'agit du passage où Lee et son ami Dexter vont voir une maquerelle qui leur loue deux fillettes qu'ils vont baiser sans aucun scrupule.
L'une des fillettes se plaint et dit à Dexter :
- Vous êtes trop gros, vous me faites mal ! » et Dexter continue quand même à la pénétrer de force. Lee, pour sa part a davantage de chance, la sienne est docile.
Quelle que puisse être la qualité du roman, ce passage est particulièrement malsain, particulièrement dérangeant : ils payent pour baiser deux gosses parce qu'ils ont de l'argent et qu'ils ont envie de baiser.
Le procédé narratif de Boris Vian est d'une remarquable efficacité, son héros raconte les choses comme elles lui viennent et il est dénué de toute moralité. Un peu comme le héros de 1275 âmes de Jim Thompson, son personnage parle de tuer comme il parlerait de la pluie et du beau temps, ce n'est que par petites touches anodines et successives qu'il fait progressivement part de ses intentions.
Lee est un garçon intelligent mais son besoin de vengeance lui fait perdre toute humanité notamment dans ses relations avec les filles qu'il consomme comme un animal.
Ce qui est surprenant dans cette Amérique puritaine, c'est que les filles de bonne famille n'ont qu'une envie, c'est de se faire baiser par un beau métis.
Il décrit froidement les faits et son comportement avec une tranquille sauvagerie, car il n'entre aucune notion de morale ou de culpabilité dans ce qu'il exprime.
L'écriture est froide, clinique, constituée d'une succession de phrases simples dont le résultat est extrêmement pervers.
Mais il convient de ne pas se tromper, en dépit des scènes osées, ce n'est pas de la littérature érotique, c'est du polar noir. Du grand. Du vrai.
Jorge.

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