AKI SHIMAZAKI
Aki SHIMAZAKI : HOTARU.
Editions Actes Sud, 2004.
« Un soir, la pluie tombait à verse. Monsieur Horibe est arrivé chez moi, tout mouillé.
J'ai cherché toute de suite une serviette pour lui. Quand je suis revenue, il était complètement nu. J'ai rougi de honte.
Monsieur Horibe m'a dit en souriant « Il n'y a rien de honteux. Déshabille-toi. J'aimerais voir ton corps. » J'ai été surprise de cette proposition. Il a dit :
« Tu sais combien je t'adore. Je veux caresser ta peau si soyeuse.»
Il a avancé et moi j'ai reculé. J'étais sur le point de pleurer. Il m'a prise par la main et a répété « N'aie pas peur. Je ne te ferai pas de mal. »
Il s'est mis à ma déshabiller lentement. J'ai caché ma figure avec mes mains. Lorsque j'ai été toute nue il s'est exclamé : « Mariko, comme tu es belle ! »
Je suis restée immobile, les yeux fermés. Je sentais ses doigts glisser doucement sur mon corps. Monsieur Horibe répétait : « Ton corps est beau ! Il me caressait la nuque, les épaules, les seins, le ventre, les cuisses…Graduellement j'ai éprouvé une sensation agréable. Il a dit : « Ca fait du bien, n'est-ce-pas ? » Ensuite, il m'a allongée sur la serviette. Lui aussi, il s'est couché sur les tatamis et il a continué à me caresser le visage, le cou, les seins…Avec son doigt il a frôlé mes jambes collées, comme s'il avait dessiné. Lorsqu'elles se sont détendues, il a demandé : "As-tu déjà fait l'amour ?" J'ai secoué la tête : « je suis encore jeune pour ça ». Il a souri « Mais non ! Tu es déjà une femme, ton corps est prêt ».
Il a pris ma main et m'a fait tenir son sexe dur et chaud. Toute gênée, j'ai tenté de retirer ma main, mais il la gardait fermement.
« J'ai peur, je ne veux pas tomber enceinte ».Il m'a chuchoté : « N'aie pas peur. Je me contrôlerai. » Je n'ai pas compris ce qu'il voulait dire. Il a recommencé à me câliner. Il a bougé sa langue autour de mes seins et a descendu jusqu'à mon sexe. Mon corps tremblait. Il est monté sur moi. Je sentais son sexe entre mes jambes. J'avais vraiment peur. Il m'a embrassée sur les lèvres et il est entré en moi, lentement.
Je supportais la douleur. Il s'est agité fortement et, au moment où il a éjaculé, il est sorti de moi. Il y avait des taches de sang sur la serviette.
La saison des lucioles s'est terminée.
Nos rendez-vous secrets se poursuivaient. Personne ne savait ce qui se passait entre nous. Monsieur Horibe venait toutes les semaines chez moi après le coucher du soleil et partait peu avant minuit, sans exception. A chaque rencontre, il me caressait, doucement et longtemps, comme la première fois.
Il me répétait : « Tu es tellement sensuelle ! »
Peu à peu je m'éveillais à la sexualité.
Je ne pouvais plus faire ma vie sans lui. J'aurais bien voulu rester en sa compagnie tout le temps, mais je ne savais même pas où il habitait. »
Les auteurs japonais sont connus pour leur minimalisme, qui consiste à ne donner que quelques clés de compréhension des situations, et par leur « impressionnisme » qui les conduit à ne donner que quelques impressions, quelques sentiments ou fugaces ressentis, avec lesquels ils décrivent une ambiance, un décor, une histoire.
Ici, la jeune femme ne dit que fort peu de choses, mais elle dit des choses très justes, j'aurais pu dire profondes, mais le lecteur grivois s'en serait gaussé.
A la relecture, son récit ressemble presque au témoignage que pourrait enregistrer la police dans une affaire de viol ou à une narration au fil de l'eau comme la pratiquent si bien les romanciers américains.
Le minimalisme permet de camper une situation érotique sans aucune référence à l'excitation des sens alors que le lecteur la perçoit nécessairement, s'agissant du dépucelage d'une jeune vierge par une homme mûr.
La réserve et la délicatesse dont l'auteur sait faire preuve sans pour autant gommer sa sensualité naissante sont remarquables.
Les seuls éléments extérieurs intervenant dans le récit sont la pluie, la nuit, la saison des lucioles.
Tous les autres thèmes sont évoqués dans un fantastique huis clos qui ne laisse pas à la femme d'autre choix que d'accepter le désir de l'homme et sa pénétration.
L'auteur maîtrise toute la délicatesse du non-dit, tout en n'hésitant pas sur la description précise de la relation sexuelle, mais sans ostentation.
Elle semble marcher dans un rêve éveillé qu'elle décrirait avec justesse tout en y demeurant étrangement absente. L'impression qui en résulte est un peu trouble, délicate et douce, c'est tout l'art des auteurs asiatiques de s'attacher à camper des ambiances bien d'avantage que des récits, même s'il est maladroit de chercher à enfermer autant de diversité littéraire dans une quelconque catégorie.
Il suffira, au travers de cette page, de percevoir la distance qui sépare l'Orient de l'Occident dans la description de l'acte.
Jorge.

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