Apollinaire
les onze mille verges.

« Kilyému était petite mais très bien faite, son corps était jaune comme un pêche, ses seins petits et pointus étaient durs comme des balles de tennis. Les poils de son con étaient réunis en une petite touffe rêche et noire, on eût dit d'un pinceau mouillé.
Elle se mit sur le dos et ramena ses cuisses sur son ventre, les genoux pliés, elle ouvrit ses jambes comme un livre.
Cette posture impossible à une Européenne étonna Mony.
Il en goûta bientôt les charmes. Son vit s'enfonça tout entier jusqu'aux couilles dans un con élastique qui, large d'abord, se resserra bientôt d'une façon étonnante.
Et cette fille qui semblait à peine nubile avait le casse-noisette. Mony s'en aperçut bien lorsque après les derniers soubresauts de volupté il déchargea dans un vagin qui s'était follement resserré et qui tétait le vit jusqu'à la dernière goutte…
-Raconte moi ton histoire dit Mony à Kilyému. (…)
(…) Un anglais de Yokohama me recueillit. Il sentait le cadavre comme tous les européens et longtemps je ne pus me faire à cette odeur. Aussi le suppliais-je de m'enculer pour ne pas voir devant moi sa face bestiale à favoris roux. Pourtant à la fin je m'habituai à lui, et, comme il était sous ma domination, je le forçais à me lécher la vulve jusqu'à ce que sa langue, prise de crampes, ne puisse plus remuer.
Une amie dont j'avais fait la connaissance à Tokyo et que j'aimais à la folie venait me consoler.
Elle était jolie comme le printemps et il semblait que deux abeilles étaient toujours posées à la pointe de ses seins. Nous nous satisfaisions avec un morceau de marbre jaune taillé par les deux bouts en forme de vit.
Nous étions insatiables, et dans les bras l'une de l'autre, éperdues, écumantes et hurlantes, nous nous agitions furieusement comme deux chiens qui veulent ronger le même os.
L'anglais, un jour, devint fou : il se croyait le Shogun et voulait enculer le Mikado.
On l'emmena et je fis la putain en compagnie de mon amie jusqu'au jour où je devins amoureuse d'un allemand, grand, fort, imberbe, qui avait un grand vit inépuisable.
Il me battait et je l'embrassais en pleurant. A la fin, rouée de coups, il me faisait l'aumône de son vit et je jouissais comme une possédée en l'étreignant de toutes mes forces. »
Guillaume Apollinaire
Les onze mille verges.

L'auteur du merveilleux "Pont Mirabeau" et du recueil "Alcools", des calligrammes et de tant de textes remarquables était aussi, à ses heures, médiocre auteur de romans pornographiques écrits à la hâte et qui n'avaient qu'une vocation alimentaire. Ils se vendaient alors sous le manteau et le poète en tirait quelques subsides.
Nul doute cependant qu'Apollinaire prenait un certain plaisir à écrire des histoires scabreuses, scatologiques et perverses dont certaines situations font d'ailleurs songer au marquis de Sade.
Ici, soucieux de la sensibilité des lecteurs, je n'ai pas choisi un extrait par trop choquant, mais le roman dont il provient contient des scènes plaisantes et d'autre beaucoup plus dérangeantes.
Fidèle à une tradition littéraire solide, il choisit un personnage exotique pour mieux s'exonérer des contraintes occidentales et le place dans une situation de découvreur des moeurs parisiennes.
Ce qui m'a amusé dans ce passage, c'est sa façon de faire parler une petite japonaise lubrique.
Jorge.

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